C'était le jour de l'enterrement de Lisa. David a regardé autour de lui pour voir ceux qui avaient comme lui a perdu une grande amie. Julien, qui était son colocataire et aussi son ami d'enfance. Il était jaloux de cette complicité qui se trouvait entre eux. Elle lui avait raconté des anecdotes sur son enfance avec lui, il pensait qu'il aurait bien aimé la rencontrer à cet âge là. Lisa et lui étaient amis, mais il n'était pas aussi complice qu'elle pouvait l'être avec Julien. Il lui disait que celui-ci voulait être plus que des amis et elle lui répétait à chaque fois que rien ne se passerait entre eux car, pour elle Julien était comme un grand-frère. Mais en tant qu'homme, il avait bien vu le regard que celui-ci posait sur elle, ce n'était pas un regard amical, mais plus comme celui d'un homme amoureux qui voulait cette femme. Pour Lisa, rien ne se passerait, mais pas du côté de Julien Decker qui devait attendre cela depuis très longtemps.
Puis il tourna sa tête et vit Yvonne avec son ami Max. Yvonne était aussi l'amie d'enfance de Lisa. Elle était plus rentre dedans que Lisa, qui était très réservée. Elle tenait le bras de Max et pleurait toutes les larmes de son corps. Lisa lui avait présenté Max, il y a un an. Au début, elle avait dit à Lisa qu'ils étaient trop différents et qu'il ne serait qu'un coup d'un soir. Mais Lisa avait certifié à Yvonne que Max était l'homme de sa vie. Et elle avait raison, trois mois après leur rencontre, Max lui avait demandé en mariage et en elle grandissait le fruit de leur amour.
David regarda minutieusement son ami Max, qui lui ne pleurait pas, qui paraissait très calme même. Il savait que Max adorait Lisa, même si au départ ce n'était pas le cas. Il l'avait jugé sur son physique comme tout le monde et évitait de lui parler. Mais au fil des mois et surtout après avoir rencontré Yvonne, il avait appris à apprécier Lisa et elle était devenue une grande amie. David ne comprenait pas son manque de réaction due à la perte de son amie. Il devrait pleurer. Peut-être se retenait-il devant Yvonne qui était déjà très perturbée ? C'était sûrement cela et il pleurerait chez lui tout seul la perte de leur amie.
Il aperçut de l'autre côté les parents de Lisa qui étaient foudroyés par la perte de leur fille unique. Lisa était tout pour eux. La fille parfaite qui ne leur avait jamais causé de souci.
Il regarda le cercueil qui commença à descendre dans la terre fraîchement battue et sa vision se remplissait de larmes nouvellement familières. Il n'avait jamais pleuré, car son père lui avait appris qu'un homme ne pleure pas. Mais ce jour, devant la tombe de la femme qui avait changé sa vie, il pleura sans se retenir. David jeta une tulipe dans le trou, la fleur préférée de sa meilleure amie. Il ramassa un peu de terre et la lança sur le cercueil et chuchota : « Adieu ma Lisa », puis se retourna et progressa vers sa voiture sans regarder en arrière.
Le jour suivant, David était posté non loin de la maison de Lisa. Il avait besoin d'un raccordement avec elle, même si elle n'était plus là. Toucher des affaires lui appartenant et s'imprégner de son odeur. Depuis l'enterrement, il n'arrivait pas à respirer tellement la douleur était intense. Il avait entendu dire par Yvonne que les parents de Lisa allaient partir dans leur famille pour célébrer une messe funèbre. Leur maison étant trop petite pour tout le monde.
Depuis une heure il était dans sa voiture attendant leur départ. Il vit Bernard qui sortit de la maison et mettre les valises dans le taxi. Katia est sortit une minute après et le rejoignit dans celui-ci. Il souffla lorsque le taxi parti. Il est sortit de sa voiture et s'avança doucement vers la maison de Lisa. Rentrant par la porte arrière, David a repensé à toutes les fois où il avait pu voir Lisa apparaître dans la cuisine avec un sourire chaleureux. A l'odeur du chocolat chaud qu'elle adorait prendre le soir avant d'aller se coucher. A son rire qui faisait écho dans la pièce. Aux regards qu'elle lui lançait en pensant qu'il ne l'apercevait pas. Il ferma les yeux et le souvenir de la dernière soirée qu'ils avaient passés ensemble lui revint en mémoire.
Flash back
Ils rentrèrent ensemble dans la cuisine.
« Tu verras David, le chocolat chaud est très bon pour s'endormir facilement »
« Tu n'aurais pas un peu de cognac à me mettre dedans, le chocolat c'est pour les fillettes ». Il sourit, attendant que Lisa se retourne et le regarde avec ses yeux bleus azurs lui disant, 'Mais ça ne va pas'. Il compta 1,2,3 et Lisa se retourna. Elle ouvrit la bouche pour parler mais vit son regard et comprit qu'il la taquinait. Elle a repris la confection du chocolat.
« Attention, je pourrai t'obliger à rentrer chez toi sous cet orage au lieu de te laisser dormir ici »
« D'accord, d'accord. Je ne dirai plus rien » Il s'approcha d'elle par derrière sans bruit.
« C'est mieux. Tant que tu comprendras que je suis la patronne.... »
Elle n'eut pas le temps de finir, car David avait commencé à la chatouiller. Elle se tortilla dans tous les sens lui demandant d'arrêter tout de suite. Lorsqu'elle se retourna pour le chatouiller à son tour, leur visage se retrouva l'un en face de l'autre. Ils arrêtèrent immédiatement leur mouvement. David la regarda intensément, ne comprenant pas les sensations qu'il éprouvait en l'ayant dans ses bras. Lisa, quant à elle, était paniquée à l'idée d'être si près de lui. Une envie soudaine prit David au fond de lui et il commença à abaisser ses lèvres vers les siennes. Lisa était heureuse. Ce qu'elle attendait depuis toujours allait enfin arriver. Mais subitement David se retira, réalisant ce qu'il allait faire. Lisa était sa meilleure amie, il ne pouvait pas avoir une relation avec elle. Cela gâcherait tout entre eux si ça ne marchait pas. Il se recula et avec un sourire.
« Ton chocolat est bientôt près ? J'aimerais vraiment le goûter »
Lisa, déconcertée par ce qui venait d'arriver, se reprit très vite et retourna à son chocolat.
« Oui tu peux aller t'installer dans le salon, j'arrive avec les tasses »
Ils passèrent la soirée à discuter de leurs amis et de Kérima. Lisa ne parla jamais de ce qui avait failli arriver. Ils étaient amis et c'était déjà bien.
Flash back
Il rouvrit doucement ses yeux et sentit son c½ur se serrer d'une douleur qu'il ne comprenait pas. Il rentra dans le salon, caressant du bout des doigts le canapé où ils avaient passé beaucoup de temps à discuter. Il se déplaça vers les escaliers et monta en direction de la chambre de Lisa. Au plus profond de lui il avait peur de rentrer dans l'antre de Lisa. Peur de se rendre compte qu'elle ne rentrerait plus jamais ici pour dormir ou lire. Il savait qu'elle était morte, mais il espérait toujours au fond de lui que ce soit une erreur et qu'elle allait arriver en courant pour se blottir dans ses bras. Il avança sa main tremblante vers la poignée et resta un instant en l'ayant dans le creux de la main. Puis il la tourna et il ouvrit la porte. Sa chambre n'avait pas été touchée par ses parents. Il respira l'odeur familière de Lisa. Il rentra, s'asseyant sur son lit. Il prit l'oreiller dans ses mains et l'approcha doucement de son visage. Il resta un moment comme cela, caressant l'oreiller avec son visage. Il se leva et s'avança vers la chaise où se trouvait encore un chandail qui lui appartenait. Il le prit et respira le parfum naturel de Lisa. Il pouvait se calmer rien qu'en sentant son parfum sensible s'accrochant aux fibres du vêtement. Il le replaça délicatement et s'avança vers le petit banc près de la fenêtre. Il savait que Lisa aimait cette place et il caressa doucement le petit banc et les coussins qui s'y trouvaient. Plus jamais, elle ne regarderait les étoiles ou lui ferait un petit coucou lorsqu'il partait de chez elle, après une soirée ensemble.
Il se retourna et se dirigea vers le bureau. Incapable de résister, il commença à ouvrir les tiroirs, voulant sentir un raccordement personnel avec elle d'une manière quelconque. Pour voir son écriture, ou un effet personnel qu'il identifierait. Il vit son agenda avec des indications sur son programme de la semaine dernière. Il le feuilleta, durant un instant. En voulant le déposer de nouveau dans le tiroir il vit une enveloppe avec son nom marqué dessus. Sentant son visage qui s'éclatait avec émotion, il la prit en tremblant. Il reposa l'agenda et ferma le tiroir, gardant l'enveloppe dans ses mains. Sentant une envie soudaine d'aller très vite jusqu'à la villa pour pouvoir lire la lettre, il sortit de la chambre en fermant la porte délicatement et descendit les escaliers.
Il fit une pause par le hall d'entrée. Regardant le porte-manteau il vit ce qu'il voulait, le manteau de Lisa. Elle le portait le premier jour de leur rencontre devant Kérima. Il le caressa et décidant que cela ne ferait pas de mal à personne, il le décrocha du porte-manteau et s'éclipsa de la maison.